La lettre de rupture

J’ai tant espéré vous lire…

Tant de jours à guetter un appel, à me consumer dans l’attente de vos mots…

Mais encore ce silence,

Assourdissant,

Gluant,

Tenace,

De ceux qui collent à la peau et crient déjà la volonté d’oublier.

Ce silence comme une fuite,

Une échappée pas belle

Ce silence tranchant comme une lame acérée,

Qui ne laisse de choix que celui d’attendre et se taire

 

J’ai attendu. Je me suis tue.

 

Je me sentais contaminée par vous

Un virus dans les interstices de ma vie

Et que mon corps parfois ne pouvait contenir

Caché entre les lignes, les mots,

Gracieux, sordide, d’une puissance terrifiante…

Votre silence m’a empêchée de respirer.

 

J’ai pleuré

Pleuré si fort de ton indifférence

Des larmes acides que tu ne soupçonnais même pas.

J’ai même caressé ta photo sur un écran,

Senti la douceur de ta peau sous la surface lisse et froide

J’ai effleuré ta bouche

Suivi le contours de tes traits

Ranimé la mémoire de ton souffle.

Je me suis enveloppée de ce souvenir un instant plus réel que tout le reste.

J’ai retenu ma respiration pour que rien ne s’échappe…

Ton silence immense a tout englouti,

L’espoir, le doute, la colère.

Avant que de savoir, je savais.

 

Aussi ces mots que je reçois de vous ne m’atteignent-ils pas toute entière.

Ainsi vous voilà, tout petit, impuissant à  calmer vos démons,

Si lâche…

A vous lire on vous croirait happé par de mystérieuses forces

Entrainé malgré vous vers de cruels abysses où l’angoisse vous étreint ;

Mais vous êtes seul maître à bord.

Vous attendiez de moi que je sois le remède miracle à votre intranquillité…

Me croyez-vous si naïve pour avoir caressé un instant l’espoir de vous faire changer ?

L’espoir de vous sauver,

Malgré vous ?

Vous parlez de lutte, là où je parle d’amour

Vous parlez d’engagement, là où je parle d’amour

Vous parlez de bénéfice, là où je parle de bonheur…

Vous ne voyez que vous.

Que m’importe votre franchise, votre honnêteté, qui n’est autre qu’une indulgence à cette lâcheté qui vous habite.

Cessez donc de m’aimer, de cette manière qui fut la vôtre !

Cessez donc de m’aimer tout court !

Nous ne nous verrons plus.

Et cela n’est ni injuste, ni désastreux.

La pire des mascarades, ce ne sont pas ces infidélités que vous évoquez à demi-mot

La pire des mascarades, c’est d’être étranger à vous-même au point de vous croire capable d’aimer.

 

Les masques sont tombés.

 

N’ayez crainte, je prends soin de moi.